CONFERENCE SUR SOPHIE ET HENRI GRANGIER - 31/10/2008


CONFERENCE sur HENRI et SOPHIE GRANGIER
par Bernard SONNET
Les membres de la société d’histoire Tille-Ignon ont organisé une soirée sur la vie de la famille Grangier, le 31 octobre 2008 à la salle de l’Orangerie à Is-sur-Tille. Elle a été animée par Bernard Sonnet, de formation architecture des Beaux-Arts et Histoire d’Art à Dijon et Paris. Celui-ci est conservateur des Monuments Historiques nationaux, chargé d’étude pour la protection des monuments historiques de la Côte d’Or, conservateur des antiquités et objets d’art, membre de l’Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon, vice président de la Commission des Antiquités de la Côte d’Or, et de l’Association de la Sauvegarde des Edifies Ruraux. Bernard Sonnet s’est servi d’un support photographique et de documents provenant de Catherine Gras, (*) du musée des Beaux-Arts de Dijon et des familles Chevignard et Guichard, de Villecomte.
C’est la quatrième fois qu’il présente cette conférence pour rappeler la mémoire de la famille Grangier, qui a œuvré comme bienfaitrice des pauvres, des malades et miséreux. Une de cette conférence a eu lieu en 2005 pour le centenaire de la mort de Sophie Grangier survenue en 1905.
Les grands-parents de Bernard Sonnet ont habité à la Villa Rose à Is-sur-Tille avant qu’ils ne s’installent à Dijon.
Les parents de Sophie :
Paul Emile Villeneuve est né à Dijon. Il a fait ses études de médecine et sera médecin en 1840 comme « aliéniste » à Paris. Ce que l’on appelle actuellement la psychiatrie était à l’époque une science nouvelle. Il sera nommé directeur de l’asile d’aliénés qui venait d’être installé dans l’ancienne chartreuse de Chambole (*) a Dijon en 1843. Paul Emile était un homme cultivé qui fréquentait des penseurs, des littérateurs et des artistes. Il se marie avec Marie- Rose Moret. De cette union est née Sophie, la future grande dame, en 1851. Elle va recevoir une éducation solide et sérieuse de la part de ses parents. Paul Emile arrêta la médecine en 1854 pour mener une vie plus paisible dans la grande propriété de ses beaux-parents au château de Villecomte, où il décèdera en 1897.
Les parents d’Henri :
Augustin Grangier est maître de forges dans le Jura. Il épouse Marie-Pauline Corbabon, de Gevrey-Chambertin. Le fils Henri naît en 1841. Il est de santé délicate et fragile. Il est cultivé, généreux comme celle qui deviendra sa femme.
Henri et Sophie se marient le 18 octobre 1871. Le couple cultive un petit groupe d’amis où ils parlent de littérature, de musique, d’art, de chasse et de pêche. Ils vont faire des voyages dans différents pays et ramener de nombreuses œuvres d’art. Celles-ci seront placées dans leur château à Vougeot. Ils n’auront pas d’enfants. Ils vont consacrer leur vie à venir en aide aux malheureux, aux malades et miséreux grâce à leur immense fortune, qui leur venait des rentes de domaines, des châteaux, bois, fermes, vignes, propriétés, hôtels à Dijon, Vichy, Villecomte, Gilly-les-Vougeot, Gevrey-Chambertin, etc… Tout cela provenait de l’héritage de leurs parents. 
À Is-sur-Tille, la place de la Porte de Dijon porte le nom de Villeneuve-Moret en souvenir de la famille Grangier, du nom de jeune fille de Sophie Grangier qui a créé et réservé un lit à l’hôpital d’Is-sur-Tille.
À Vougeot, le château avait été vendu à Augustin Grangier en 1862. Il était situé en bordure du village. La propriété était de style néoclassique. Elle comprenait un parc qui s’étendait jusqu’à la ligne de chemin de fer reliant Paris à Lyon en passant par Dijon. Le parc était planté de cèdres, de platanes et de buis. Il était orné d’une fausse grotte, d’un chalet et d’une glacière. La glacière servait de réserve de glace l’été pour des produits médicaux et des aliments. Son fils Henri deviendra ensuite le propriétaire du château. Henri était bien implanté dans la région puisqu’il a été élu maire de Vougeot de 1870 à 1884. Il ne se représenta pas pour être réélu maire par la suite pour raison de santé. Au cours de ses mandats, Henri Grangier fit don à la commune d’une maison qu’il venait d’acheter avec son épouse pour permettre la construction de la mairie et de l’école. Cet immeuble sera achevé en 1880. Pour mettre à l’abri les objets d’art de ses collections, le couple fit rajouter une galerie au château par un cousin éloigné de Sophie Grangier.
Le propriétaire du château sera ensuite un cousin de Sophie : Armand Corbabon, lequel décède en 1931. Le château devient alors la propriété de son épouse anglaise, Marie-Adèle Berligam (*) qui, elle aussi décèdera sans enfant. Faute d’ acquéreur, le château sera démoli en 1938. Une déviation de la route nationale 74 déclarée d’utilité publique en 1955 passera à l’emplacement du château. Actuellement, il ne reste que l’orangerie qui sert de dépôt à un négociant en vin, les caves du château et la fausse grotte qui se trouve à côté de la déviation.
À Dijon : Henri et Sophie Grangier aménagent à Dijon dans un hôtel de la rue Chabot-Charny pour y accueillir une autre partie de leurs collections d’œuvres d’art et donnant ainsi l’aspect de musée. L’aile de droite sera reconstruite dans les années 1880. Le premier étage sera réaménagé en 1897.
Henri décède le 5 août 1902 à l’âge de 61 ans et sera inhumé à Villecomte. Il a laissé peu de traces de sa vie, hormis à l’époque où il était maire, sinon pour un petit groupe très limité d’historiens. Sophie a fait élever un monument dans le parc du château à Vougeot. Ce monument est encore en place actuellement, perdu au milieu d’une zone pavillonnaire. Il s’agit d’une colonne surmontée d’une urne. Sur le socle, Sophie a fait graver des éloges à son défunt mari. La grande dame va laisser parler son cœur et continuer son œuvre charitable, mais sa santé décline également. Elle va faire des testaments les 15, 17 juillet, 2 août 1903, 28 août 1904 et 29 décembre 1905. Le testament de Sophie Grangier possède 468 pages. L’hôpital de Dijon hérite de la plus grande partie du foncier, qui s’élève à 16 000 francs or, soit 48 000 euros. Sophie Grangier décède le 28 décembre 1905 dans son hôtel de la rue Chabot-Charny à l’âge de 51 ans. Elle sera inhumée dans le caveau familial de Villecomte le 2 janvier 1906, où se trouvent son père et son mari.
Succession Grangier.
Les documents ont été vus par le préfet Louis Michel le 19 janvier 1906 et une copie a été faite au secrétariat général J. Alexandre le 25 janvier de la même année. Le patrimoine représente le cinquième des propriétés rurales et forestières de l’hôpital, soit 200 hectares de terre et pré vers Seurre, Chivres et Ecuelles, soit 1 800 hectares et 24 hectares de forêt. Ces biens sont actuellement gérés par le service financier de l’hôpital du Bocage. D’autres biens consistent également en maisons, appartements, forêts, étangs, droits de chasse et pêche, rentes, actions et obligations, gestion d’exploitations agricoles. Le legs est valable sous condition que l’hôpital assure les charges d’entretien à perpétuité des sépultures des familles Grangier et Corbabon, leur fleurissement à la Toussaint, ainsi que le cimetière de Villecomte. Et si au moment de son décès, la chapelle de Villecomte n’est pas reconstruite, une somme de 20 000 francs sur la succession sera prélevée pour cela. À charge de recevoir à perpétuité trois malades de Villecomte, Vernot, de Bessey les Citeaux, quatre vieillards de ces communes, plus celles de Montmain, dans un asile de Dijon dépendant de l’hôpital, ou chez les petites sœurs des pauvres de cette ville. Huit petites orphelines de moins de 17 ans seront secourues sur les communes de Villecomte, Vernot, Bessey-les-Citeaux, Montmain, Vougeot, Gilly-les-Vougeot, Flagey-Echézeaux et Saint-Bernard. L’hôpital paiera net de frais et par avance. Les petites filles seront placées, lorsque leur âge le permettra, dansl’ un des orphelinats d’Agencourt ou de Bézouotte.
Les clauses de réservation de lits étaient d’un usage courant à cette époque. Certaines clauses du testament ont été transformées ; par exemple, les quatre stères de bois pour le bureau d’aide sociale ont été transformés en une autre donation.
À l’hôpital de Nuit Saint Georges, elle lègue la somme de 15 000 francs pour recevoir quatre malades à perpétuité provenant des communes de Vougeot, Gilly les Citeaux, Flagey Echézeaux et Saint Bernard. Ces malades et vieillards seront admis à occuper indifféremment les quatre lits de libres. En cas de refus, c’est l’hôpital de Dijon qui héritera de la somme de 15 000 avec les mêmes charges.
À l’hôpital de Gevrey-Chambertin, elle lègue 50 000 francs en souvenir de Pauline sa cousine. Dans sa grande bonté, Sophie fera des donations à Vougeot, à Montmain, etc. A la commune de Villecomte, elle lègue la somme de 10 000 francs pour le bureau de bienfaisance qu’elle avait fondé en souvenir de son père, et un revenu de 15 000 francs à perpétuité pour la commune, 4 000 francs pour dire des messes chaque mois à perpétuité pour les familles Moret, Villeneuve, Grangier. La chapelle du caveau familial a été refaite en granit très résistant par l’entreprise Cutarella d’Is-sur-Tille. De la famille Grangier à Villecomte, il reste encore le château de la famille Villeneuve et le pavillon de chasse. La collection d’objets d’art venant du château de Vougeot et de leur hôtel particulier rue Chabot-Charny sera léguée aux musées de Dijon. Tableaux, meubles, bibelots, etc. Soit un total de 516 pièces 
L’histoire de la place Grangier à Dijon :
L’ancien château et ses remparts on été démolis dans les années 1880 pour laisser la place à une partie du boulevard de Brosses. La municipalité proposa de réaliser un nouveau quartier au nom des époux Grangier, bienfaiteurs des pauvres. Le plan de la place commença à être tracé en 1906 à 1909. Les travaux commencèrent en 1909 par la construction de l’immeuble de la Poste. Les autres bâtiments ont été construits en pierre dans le style de l’époque. En 1912, Charles Dumont, maire de l’époque, décida d’ériger une fontaine monumentale au milieu de la place. La partie supérieure comportera une statue à l’effigie d’Henri et Sophie Grangier, et un médaillon de marbre blanc appelé « la bonté ». Le projet est accordé le 15 septembre 1912 par le président de la République de l’époque.
Le monument fut inauguré le 8 avril 1916, au moment où les peuples s’entre égorgeaient. C’est triste.
Par suite de l’évolution de la circulation, c’est vers les années 1960/70 que la place Grangier commença à transformée, puis complètement modifiée pour en faire un parking. Le monument de la fontaine a été déménagé à l’hospice de Dijon. Actuellement, les différentes pièces de la fontaine et de la statue se trouvent dans des dépôts des ateliers communaux.
Grâce à Bernard Sonnet, la famille Grangier, oubliée depuis déjà bien longtemps, est ressortie de l’ombre. Il espère qu’un jour le monument de la  fontaine, avec sa statue, reverra la lumière du soleil. C’est une page d’histoire très intéressante pour notre canton, grandement appréciée par les personnes présentes à cette conférence. 
Claude AVRIL, Secrétaire de la SHTI


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